Archive pour avril, 2012

Le Roi « Puni » de Bora Bora

Les fils de TERIITAUMIHAU

TUUTERAIPUNIITEPAPAFAURUA, né à Tahaa en 1585 épousa TEVARUAMANAVAURA, née en 1595.
De cette union, naquit TERUPE en 1610.
TERUPE épousa TEPUROTU I TAINUU ARIIHIHAE (1611) et eut trois enfants :
VAIRUATUA (1622)
VAIRUAURI (1624)
TEUPOOHURITUA (1628)
MAURIOROO MAURITAENA, né en 1636 et TEUPOOHURITUA se marièrent peut-être en 1653 et eurent un fils :
PUARAITERAA O MATAIREA – TERIITAUMIHAU (né en 1654 à Huahine)
Epousa TEUPOORAUTOA I TAHUEA (née à Moorea en 1655) et eurent 8 descendants :
VARIVARI (1670) sexe féminin
MATAIREA O TANETEHIHIO (1671) sexe féminin
TEVAHINEHAAMOETUA I MATAIEA (1673) sexe féminin
FAAIPOA (1676)
TEIVAARIITAINUU (1678)
TEOTOO (1679)
TEVARUA HAEPUARAI (1681)
et TERIITAUMIHAU I TEPATUROA A TERIITAUMIHAU (1674) sexe masculin
Epousa TEROROAITARAA, née en 1685 à Raiatea et eurent deux descendants :
TEIHOTUMATAROA A TERIITAUMIHAU I TEPATUROA (sexe masculin, né en 1712) et REREAO A TERIITAUMIHAU I TEPATUROA (sexe féminin, née en 1713) sans enfant

TEIHOTUMATAROA A TERIITAUMIHAU I TEPATUROA (Roi Puni) 
En 1769, lorsque James Cook reconnut RAIATEA pour la première fois, l’île se trouvait avec TAHAA sous la tutelle du Roi Puni de BORA BORA, son nom : TEIHOTUMATAROA A TERIITAUMIHAU I TEPATUROA.
De l’union d’Oro avec la belle Vairaumati naquit un enfant qui devint un puissant chef parmi les hommes… et le premier ennemi, précisément, des souverains de Raiatea.
Au 18ème siècle, des guerres sanglantes ravagèrent BORA BORA « né le premier », au cours desquelles Puni réussit à soumettre les Iles-sous-le-Vent à l’exception de HUAHINE La Sauvage…
Le Roi PUNI, né en 1712 à Bora Bora, épousa TEPUETUA (née en 1716) et eut deux descendants : HAAPOUA ou TEMARII  A TEIHOTUMATANEVANEVA  A TEIHOTUMATAROA 
 et PAO A TEIHOTUMATAROA (née en 1740, sexe féminin)
TEIHOTUMATANEVANEVA A TEIHOTUMATAROA (Prince)
Il épousa en premières noces TETUANUI HAAMARURAI de BORA BORA, 1736-1751)et eut deux descendants :
TETUANUIMARUAITERAI A TEIHOTUMATANEVANEVA (sexe masculin, né en 1752) – sans prospérité
TEHEATUA A TEIHOTUMATANEVANEVA (sexe féminin, née en 1754) dont les enfants sont héritiers de POMARE IV
TEIHOTUMATANEVANEVA A TEIHOTUMATAROA (1733-1756 Bora Bora)
Epousa en secondes noces peut-être en 1756  TOITUA dite TERAIURA (1727-1756) et eut un enfant TEMARII A TEIHOTUMATANEVANEVA (sexe masculin)
TEMARII A TEIHOTUMATANEVANEVA (ou TEMARII TANE HAAPOUA TEIHOTU) (1757-1777)
Il épousa en premières noces TETOIATUA (1759-1776) et eut : TEAUE A TEMARII (sexe masculin) qui épousa HAPAITAHAA et eut à son tour trois descendants (…) 
Il épousa en secondes noces TETUANUIHAAMARURAI (1763-1777) et eut des descendants :
TETAHIO dit AREA A TEMARII (sexe masculin)* (1780-1864)

*TETAHIO dit AREA A TEMARII 
L’histoire raconte que TETAHIO dit AREA A TEMARII fut le père du Prince AREA A TETAHIO dont l’arrière-petit-fils ARIIFAAITE de Huahine épousa à treize ans sa cousine Pomare IV devenue Reine à l’âge de quatorze ans vers 1826.

Celle-ci avait déjà eu un premier époux : ARII TAPOA de Bora Bora en 1822. Elle l’a quitté le trouvant trop sérieux et orthodoxe à son goût… mais il resta néanmoins son fidèle ami et bon conseiller. De leur union naquirent cinq enfants dont TEARIIMAEVARUA, Reine de Bora Bora…

Le Roi

TEHEIURAORAA TEHEI TEMARII (sexe féminin) née en 1785

RUAREI I MAROTETINI (1778)
TETUAITERAI I MAROTETINI (1780)

TEHEIURAORAA TEHEI TEMARII

Née en 1785, elle épousa RAAURI, né en 1783 et eut trois descendants :

TERIITAUAPURUIMAUAROROO dit VAHINEPAARI A RAAURI (1809) (sexe masculin), qui épousa REVATUA et eut trois descendants (…)
HAAPOUA A RAAURI (sexe masculin)
MANUTAHI A RAAURI (1810) (sexe féminin)

Les enfants de HAAPOUA A RAAURI
Né en 1808 à Bora Bora.
En 1826, il épousa PARAU, née en 1810 et eut  8 enfants dont :
TEFATUTIRI A HAAPOUA (1827) (4 enfants de VAINOA : PINHAHEVA dite AVAE TEFATUTIRI, TAUTUA TEFATUTIRI, TARARO TEFATUTIRI et TOVAI TEFATUTIRI)
En 1830, en secondes noces, il épousa HINOI  ROOARII , née en 1800, et eut des descendants :
FARETOU A HAAPOUA née en 1831 (sexe féminin), sans prospérité
HAPAIRAI A HAAPOUA né en 1833 (sexe masculin) qui eut un fils : HIRO A HAPAIRAI, sans descendants vivants
TAAROA A HAAPOUA né en 1835 (sexe masculin), sans prospérité
ARO AROARIITETARA HAAPOUA (1836-1898)
MAIRUAI HAAPOUA (1837-1873)
TEARERETUA TEARERE A HAAPOUA (sexe féminin)
HAAPOUA VAIHAARII dit VEHE A HAAPOUA né en 1840(sexe masculin), sans prospérité
FAANETI HAAPOUA né en 1841
TEARERETUA  TEARERE A HAAPOUA
Née à Bora Bora en 1840. Décédée à Tautira le 13/12/1879. Elle épousa le 23/10/1861 à FAAA, TERIITEHAU TIRAHA, né à FAAA en 1843 (dont le père de celui-ci, TIRAHA A FAAIO était né à FAAA en 1816). et eut des descendants :
Les enfants de TERIITEHAU TIRAHA
PAEA TIRAHA (né le 19/11/1872)  qui épousa Manutahi TAHUAINO à Faaa le 9/10/1891
MARAMA TIRAHA né à Tautira le 30/1/1878, épousa Maraetetoa MIHIMANA à Papenoo le 30/6/1900 et mourut à Papenoo le 12/12/1918
PUNUAPAOAA TIRAHA né à Faaa le 6/12/1870
TEMARII NARII TERIITEHAU TIRAHA née à Tautira le 6/2/1869 et décédée à Tautira le 21/4/1915)
FARERA FAREVA TERIITEHAU né à Faaa le 2/7/1865, épousa Rahera PAE le 25/7/1883 et mourut à Faaa le 3/12/1914
TAUMIHAU  TERIITAUMIHAU TEARERETUA TUTEHAU TERIITEHAU (sexe féminin) (1863-1905)
TAU TAURAA TERIITEHAU (1867)
TERIITEHAU TERIITEHAU (1872-1905)
TEARERE TERIITEHAU (1874)



TEARAITUA TEFAANEVANEVA TIAAHU
Née en 1825, épouse de TUIAIHO TIAIHO FAARAHIA (né en 1812 à Paea-décédé en 1870) – Son père était TIAAHU, né en 1790.
3 enfants :
MAPUVAVE MAPUVOE MAPUOE TIAIHO (1843)
TEARAITUA TUIAIHO (1850)
NATUA PAE TIAIHO (1858)
Bora-Bora-1898-300x210 dans AITO... Généalogie
NATUA PAE TIAIHO
(Né en1858 à Bora Bora – Dcd 8/12/1918 à Bora Bora), marié en 1882 à Bora Bora avec TAUMIHAU TERIITAUMIHAU TEARERETUA TUTEHAU TERIITEHAU (née à FAAA en octobre 1863-Décédée à Bora Bora le 17/8/1905) dont :
MANU MANUTAHI PAE (1884) – sexe masculin
TARATUA PAE (1886) – sexe masculin
HINATUANIA HINA PAE (1887) – sexe féminin, sans prospérité
MARUARAI PAIE (1888)
TEHEIURA TUA PAE (1889)
ATAHIARII A NATUA – sexe féminin
TERIITERAHAUMEA TERIITERAAHAUMEA PAE (1894)
ROOARII TIAIHO (1895)
MATIOFA MATIEOFA TIAIHO (1897)
TEHEURA TUIAIHO (1899)
TEHAHE PAE (1901)
TARUOURA PAE (1903)

ATAHIARII PAE

Née en 1893 à Bora Bora et décédée en1927 , inhumée à Bora Bora/Tiipoto
Premières noces avec « X » né en 1885 dont un enfant : TEMAHAHAE PAE
Secondes noces en 1912 avec AMANI SIOU MOUN né peut-être en 1890.
Elle eut 8 enfants  :
AIU SIOU MOUN(descendants vivant en Chine)
A KIAU SIOU MOUN (descendants vivant en Chine)
ANI SIOU MOUN (descendants vivant en Chine)
REPETA SIOU MOUN (descendants vivant en Chine)
ANIET MA SIOU MOUN (6/8/1923 – 12/4/ 2013)
BENHURT SIOU MOUN (tué en Chine)
AREN MA SIOU MOUN (mère du Président Gaston TONG SANG, décédée le 2/7/2007 et  inhumée à Bora Bora/Tiipoto)
KUN TAI JULIETTE SIOU MOUN (1 descendant)

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Publié dans:AITO... Généalogie |on 11 avril, 2012 |3 Commentaires »

LE SOUFFLE



                                                        

                                                                   

     A Tiare…                                                     

PREFACE

 

Quand on décide de (se) raconter, les premiers écrits sont les plus difficiles à poser, les premiers mots sur papier, les pensées les plus vives devront « couler » dans un torrent de sentiments…
On ne souhaite pas en tirer des résultats philosophiques ou sociologiques. Quelle prétention sinon…
Alors on se perd, on s’embrouille, pour tracer au plus clair ce chamboulement d’émotions.
Il serait judicieux de se lancer dans un savoir-faire, une analyse, se prétendre apte à donner des conseils,  alors qu’on ne maîtrise même pas la base de ces sciences.
On développe avec humilité un sujet qui nous touche de manière très personnelle. On trouve parfois des réponses aux questions posées. On ne se lasse pas d’analyser, de se donner le droit de mieux comprendre. Sans prétention aucune, on découvre, on soulève, on suppose… et les réflexions fusent, les langues se délient. On s’exprime comme on peut !
Il est difficile de mettre par écrit ce que l’on dit – encore plus complexe de dire ce que l’on pense de manière exacte. Mais on sait pertinemment que çà soulage. Oh, çà ne guérit pas ! Cà calme, çà apaise l’âme…
Dans quel ordre exposer ses pensées, par où commencer tant il y a à dire ? Tout se bouscule en une fraction de secondes, on se perd, on court, on se cogne dans les murs de l’incompréhension. Il ne faut rien oublier car chaque paragraphe a son intérêt dans le message à transmettre, dans l’expression humaine, dans l’écriture.
Celui qui aime – c’est celui qui protège l’Etre Précieux, l’Enfant, celui que l’on entoure, qu’on’encourage et que l’on observe. Celui qui pare les dangers auxquels son enfant s’expose, le conseille aussi. On veille sans l’étouffer, manifestement, clairement… en retrait, douillettement, que l’Enfant en ressente ou non le besoin.
Tout ce qui nous semble être positif sera porté nécessairement à ce petit être, afin qu’il ne manque de rien, qu’il sache faire les bons choix, qu’il devienne fort, qu’il s’élève droit, tel un roc.
L’apprentissage de la vie est un long voyage, toute une vie d’Homme. En regardant derrière son épaule, on appellera cette longue marche de randonneur sur terrain plat ou chaotique : l’expérience. Celle-ci n’est pas offerte comme une médaille, un bon point,… elle fait partie de la vie de chacun de nous : dès lors qu’on existe, on avance, puis on redistribue…
Il n’est pas utile d’apposer des mots pour aimer ; il est si difficile de les distinguer, les trier et les définir sans se tromper : pas de règles, pas de grammaire ; le sens des mots n’en devient que dérisoire lorsque l’être humain revisite son propre code parental : les normes que l’on souhaite suivre, le rôle que l’on s’inflige, l’instinct…
Il n’existe pas de mode d’emploi pour être un « bon parent » ; seuls le Coeur et l’Esprit devront guider nos choix et nos actions.
Dans notre vie parfois, les moments d’absence, pesants, trop lourds parfois pour les parents, autant que pour leurs enfants, sont apaisés par un amour permanent qui leur est continuellement rapporté. Ca nous rassure – tous – et çà fait avancer.
Notre amour les fait grandir. Bien. Et Toujours.
On n’oubliera jamais de mettre de côté nos attentes : on veut le meilleur pour ces petits bouts de nous, sans jamais s’imposer, les guider sans les influencer, les diriger sans les maîtriser. Un job à temps plein. Le fil de notre existence ; ce tapis qui se tisse.
A cet instant précis de nos actions, on utilisera les mots, les bonnes paroles… pour les conduire sur le fil de l’eau, en priant pour qu’ils sortent indemnes de ces barques instables qui cèdent parfois aux caprices des vents. Qu’ils tiennent, qu’ils s’accrochent, pour que jamais ils ne se noient.
De nombreux sentiments envahissent un parent, un père, une mère, à la naissance d’un enfant. C’est troublant donc émouvant ! Et çà l’est à tous les âges franchis… différent, mais toujours aussi intense.

Ces sentiments se tissent déjà très peu de temps après la conception, lorsque l’on attend, toujours trop longtemps, le résultat de tests purement cliniques, cellulaires, sanguins… On endosse doucement la blouse du gynécologue, celle de l’échographiste, du pharmacien… On endosse en un éclair la blouse de l’étudiant en médecine avec la même fierté d’être dans la confidence : « C’est confirmé, elle est enceinte ! »
Traduire ses sentiments à travers l’écriture ou l’art, ne serait-ce pas quelques fois, pour certains, une sorte de thérapie, une guérison de l’esprit, car ainsi elle est définie : «  La guérison est un processus biologique par lequel les cellules du corps se régénèrent pour réduire l’espace d’une région endommagée par la nécrose ».
Nous sommes tous en voie de guérison, donc. Parce que justement, « Nous sommes » !
On veut rester clair et rempli d’humilité dans ses textes ; mais on est aussi parfois si douloureusement concerné par certaines histoires.
Certaines choses sont indicibles tant elles sont intenses et complexes. Mais les vivre est parfois plus douloureux, car plus claires.
On croit mourir car on s’éteint aussi.

Sauriez-vous définir une « oeuvre inachevée » ?

LE SOUFFLE

Sur le rocher dressé par le souffle de Huatau, la végétation était dense et grandissante. La rosée du matin réveillait en douceur les éléments où elle se posait, délicate. Cette chaleur humide laissait mûrir les fruits les plus goûteux, éclore les fleurs les plus majestueuses. La terre, nourricière, se montrait juste et patiente. Tout renaissait. Chaque matin.
Au loin, tête baissée, Moana saluait au loin les hauteurs robustes, comme les entourant de ses grands bras, les honorant, les saluant et les caressant…

C’était il y a longtemps, bien avant l’apparition des dieux blancs, ces voyageurs en quête de nouveaux horizons, ceux-là même qui étaient prêts à se défaire de leurs propres racines pour venir élever le « chantier nouveau », oser créer les idéaux sur des terres encore vierges de la cupidité des hommes, avec ce sentiment d’apporter glorieusement leur savoir et ainsi mieux signer leur nouveau monde.

C’est ici, au Domaine, que vivait la famille de Hinatea.

La toute jeune fille, délicate et attentive, avait pour réputation d’être à l’écoute de tous, portant un intérêt certain à tous ceux qui s’adressaient à elle. Aimante et généreuse, cette petite Fleur respirait la joie de vivre. Elle paraissait rêveuse et insouciante comme la plupart des jeunes filles de son village. Malgré tout, à son contact, les gens se sentaient apaisés, heureux… elle se ressourçait rien qu’en donnant de son temps…

Dans son village, on aimait courir la rejoindre tant son doux visage rayonnait de bonté et de légèreté.

Ta’aroa lui avait offert de grands yeux bruns en forme d’amandes dont l’expression suffisait à la parole, et une chevelure fine aux reflets de lumières, gourmands.

Hinatea grandit sans encombres auprès de ses parents et de ses frères, l’aîné Oro et la cadet Ro’o. Ils la chérissaient, l’étouffant sûrement parfois.

Quand Hinatea eut atteint bientôt ses vingt ans, elle décida de prendre son envol, seule, afin d’explorer le monde ; celui-même que ses parents lui déconseillaient afin, croyaient-ils, de mieux la protéger. C’était sa manière à elle de s’imposer – elle n’avait jamais ressenti jusqu’alors ce besoin qu’ont toutes les jeunes filles de son âge d’explorer d’autres horizons. Elle aimait l’art, le dessin, le chant et la danse et se plaisait à participer aux festivités du village, des rassemblements de son clan. Elle ne savait pas agir seule.

Oro, la voyant encore comme une enfant, ne croyait pas qu’elle puisse un jour mieux grandir en découvrant, toujours trop tôt, le monde du « dehors ». Il n’était pas prêt. Donc, pour lui, Hinatea ne l’était pas non plus, trop fragile encore.

Oro connaissait bien les dangers du monde extérieur. Homme au tempérament entier, c’était un sage.

Il avait été lui aussi protégé et chéri par son clan. Son parcours de jeune homme avait fait de lui un homme averti, ambitieux, robuste et droit. Pour lui, il y avait une solution à tout problème. Il ne baissait jamais les bras. Tenace, il écartait les embuches et se préservait des imprévus. Il traçait son chemin. Farceur, parfois colérique, il trouvait l’harmonie dans ce qu’il considérait être juste. Il marquait sa présence : tout son être était charismatique. Il allait devenir un pilier familial.

Dans la Grèce Antique, tel Achille affaibli par son talon, Oro, lui, était profondément touché, bien que combattif, quand des difficultés ciblaient intimement son clan.

Mais ce jour arriva. Ce jour là, et pas plus tard.

Alors que les relations s’envenimaient entre Hinatea et ses proches, malgré la mise en garde de son clan, Hinatea s’enfuit n’écoutant plus son entourage. Têtue et obstinée, elle monta tel un éclair sur l’embarcation de fortune qui la mena sur les terres de Novem. Elle avait grandi avec la maladresse d’une rose qui ne se sert pas de ses épines pour se protéger des méfaits extérieurs, elle ne maîtrisait pas ses armes multiples qui pourraient un jour lui servir pour affronter et se confronter… Elle devrait prendre son temps et réfléchir, examiner pour mieux se lancer, observer pour apprendre.

Pourquoi tant d’empressement et tant de violence dans ses propos ? Sans doute pour ne pas être partagée entre le raisonnement des siens et la décision déjà prise, ou par les sanglots qui la trahiraient, indécise et fragile. Elle voulait apprendre ; apprendre la vie, avec trop de hâte.

Le jour de la naissance de Hinatea, sa mère, Vairaumati, savait que les ancêtres la suivraient et veilleraient sur elle toute sa vie d’enfant puis de femme.

Il était temps de rappeler aux ancêtres la tâche qu’ils s’étaient donnée : celle de protéger Hinatea en l’absence de sa famille.

Hinatea allait alors rencontré une jeune femme, Hecate, qui se disait oracle. Cousine par alliance du jeune ami d’Hinatea, elle demeurait sur une île où il fallait deux lunes pour s’y rendre. Hecate était en couple et mère de tout jeunes enfants.

Celle-ci avait su capturer son attention : elle lui parlait de la vie et de ses règles, des échanges humains, de l’importance de rester positive dans tout ce qu’elle entreprendrait de manière à attirer vers elle les meilleurs éléments, de suivre un nouveau chemin. Les longues discussions avec Hecate éclairaient l’esprit immature et noueux de Hinatea, qui ne voyait que par sa nouvelle égide, un peu comme si son esprit s’émerveillait devant la description d’un Monde meilleur… Tout se passait bien pour Hinatea : ses journées, ses échanges avec Hecate, les promesses de cette dernière, bien sectaires… Elle trouvait en cette dernière une « grande soeur »… Les seuls faits concrets de ce monde inconnu, inexpliqué, allaient bouleverser la jeune Hinatea, l’apeurer même : elle fut témoin de pratiques démoniaques, d’appels surnaturels, de rituels exotiques, et ouvrit alors les yeux sur les vraies relations humaines – ou pas- sous un même toit. Celui où l’on dort, où l’on mange. Le toit où l’on partage, on se déchire, on est témoin et victime. Cette vie, elle l’a menée pendant des mois entiers.

Hecate se racontait à travers des images de chimères et autres lutins. Mais elle faisait aussi appel trop souvent à eux grâce à des méthodes malsaines dans son savoir isothérique. Hinatea avait peur pour sa propre vie et descendit enfin de son « nuage ».

Certaines légendes expliquent la décadence actuelle des chamans par l’orgueil du « premier chaman » qui commit une faute (orgueil, méchanceté,…). Dieu le punit alors en diminuant sa puissance. C’est ce qui arriva.

La compétence de Hecate devait être large, car le logos du possédé est aussi bien prophétie et révélation, bénédiction et protection que dénonciation et admonestation, ou encore diagnostic et prescription thérapeutique.

Les semaines passèrent, et Hinatea, le coeur déchiré et l’allure gauche tant elle était désemparée devant ce danger grandissant, tenta d’entretenir le peu de liens qui la distançaient des siens. Les nouvelles qu’elle donnait de temps à autre à sa famille se faisaient de plus en plus rares. Les moments de silences en disaient long sur le mal être de Hinatea. Les journées passées loin de son clan se faisaient de plus en plus pesantes et graves.

Les siens pleuraient beaucoup, persuadés de l’avoir perdue à jamais. C’était pour eux une défaite : ils lui avaient tout donné, elle leur avait tout enlevé en prenant sa liberté si subite, si brutale. En lui interdisant ses choix irréfléchis et soudains, sa famille l’avait contrainte de fuir, de se raccrocher à autre chose. Fallait-il définir cela comme étant un caprice ou un défit que se lançait la jeune fille ?

Mais surtout, les siens craignaient pour elle : l’endroit où s’était rendue Hinatea ne leur était pas inconnu. Ils avaient déjà entendu des témoignages d’individus dont Hecate s’était emparés, eux et leur âme, pour en tirer profit et les rendre serviles. Hecate voulait l’esprit d’Hinatea, elle creusait au fond de la jeune fille, cherchant à l’affaiblir, à lui voler sa force intérieure, la puissance de sa compassion, de son amour pour autrui, elle tentait de lui ôter par l’effroi toute son âme d’enfant, pure.

Le choix de Hinatea était irréversible aux yeux de son clan qui avait baissé les bras. Cette défaite ne leur ressemblait pas et pourtant, c’était évident, Hinatea leur tournait le dos. Elle avait tout entreprit pour satisfaire son choix ; c’était irrévocable.

Elle fut accueillie comme la providence parmi les esprits de Novem. Elle était malléable, innocente, jeune et inexpérimentée… Ils étaient influents et se montraient particulièrement efficaces.

Hinatea entrait doucement dans une vie de servitude, où l’on devait être dépourvu de sentiments négatifs, ne rien penser, ne rien imposer, ne rien laisser paraître ; une vie où tout enthousiasme et bienfait étaient interdits. Seul, l’égoïsme de ses hôtes était de mise.

Les esprits mesquins qui occupaient sa nouvelle vie et, par la même, tentaient de l’attirer dans un monde sombre où tout n’était qu’illusion,  la bouleversaient et la réduisaient à néant. Elle se devait d’être obéissante et soumise.

A chaque nouvelle agréable, à chaque pas franchi en vue de son épanouissement de jeune fille sur cette nouvelle terre, elle se devait de faire marche arrière, cassée et démolie un peu plus encore.

Chaque jour qui passait, elle acceptait l’humiliation, vivait avec peu mais devait donner plus encore. Physiquement aussi, elle s’affaiblissait et ainsi perdait la force intérieure qui la réconforterait.

Pourtant, Hecate savait que la force de cette jeune fille était grande, elle qui reflétait la bienveillance et la paix ; elle était saine et débordait de bonté. Trop de qualités aux yeux d’Hecate qui tentait d’envahir cette puissance par le mal, en implorant le mal ; et devenait pressante, désorientée presque paniquée à l’idée de ne plus paraître aussi magnifique. Elle était à l’aise au début des échanges avec Hinatea car elle lui apportait de nouvelles connaissances et abordait des sujets qui prenaient une certaine valeur aux yeux de la jeune fille. Mais à ce stade de leurs relations, elles avaient aussi apprit à se connaître mutuellement : Hecate semblait plus fragile qu’elle ne voulait paraître et Hinatea se servait de cette faiblesse pour démontrer une puissance que sa soi disante bienfaitrice n’aurait jamais soupçonnée.

Hinatea se construisait aux côtés des esprits sans qu’ils ne parviennent à l’atteindre, jamais. Elle prit conscience de sa condition et comprit qu’elle était en danger. Hinatea se rappela tout ce dont elle hérita sur son île natale et s’en servit.

Les semaines passèrent. La lumière des ancêtres devenait de plus en plus intense et ne cessait jamais d’entourer Hinatea de leur force protectrice. Jamais Hecate ne put percer ce bouclier. Rien vraiment ne pouvait atteindre la jeune fille. Seul son coeur était marqué. Seule et apeurée, résolument coupable d’avoir déçu ses proches, elle trouva enfin la force de provoquer son avenir qui basculait véritablement, bénéfique.

Tout son être envahi d’une subite lueur clairvoyante, il lui vint alors une idée.

Elle choisit pour cela le moment, le bon jour – celui même où les facteurs favorables à une agréable journée sont rassemblés, et consulta Hecate, d’une manière douce comme elle savait l’être, presqu’en se pliant de gratitude envers elle.

Elle lui demanda innocemment l’autorisation de rendre visite à son clan afin de s’expliquer définitivement sur les choix qu’elle avait maladroitement imposés quelques mois auparavant. Peut-être tenterait-elle ainsi de « les persuader de la bienveillance d’Hecate et de sa façon toutefois fort honnête de guider les choix de leur fille chérie ; pour ainsi retrouver des relations plus saines avec ceux qui l’avaient vu grandir ».

Ce que Hecate lui accorda volontiers, sans aucun sourcillement, persuadée que ce court séjour lui rendrait sûrement Hinatea telle qu’elle avait tenté de la façonner depuis des mois : les liens avec son clan étaient trop entachés pour qu’ils redeviennent comme à l’initiale, aussi solides, aussi confiants. Elle aurait gagné. Hinatea serait à Elle, enfin.

Hecate approuva donc cette proposition. C’était sans doute la meilleure solution pour réussir à apprivoiser Hinatea, la laisser s’absenter pour mieux définitivement la garder, les autres tentatives n’ayant pas glorieusement abouti.

Hinatea alors, soulagée par ce plan qui avait fonctionné, s’empressa de rassembler ses quelques affaires, le courage en tête et, la liberté au bout des doigts, elle arriva au Domaine accueillie par les siens.

Rien n’avait changé ici. Elle retrouva son clan, ses amis et fut accueillie comme une Princesse qu’elle était toujours restée à leurs yeux.

Son calvaire lui fut plus réaliste loin de Novem. Mais Hinatea était usée et très fragile encore.

Les jours passaient et Hinatea s’ouvrait aux siens, qui l’écoutaient sans la juger, la mettant en garde pour le jour où elle se retrouverait à nouveau « là-bas » – puisqu’il était convenu qu’elle reparte auprès des mauvais esprits…

Il n’en fut rien. Elle resta parmi les siens.

Dans un premier temps, tous les objets ayant appartenu à Hecate et que Hinatea avait reçu en offrande furent soigneusement, presque dans un rituel, détruits, jetés, brûlés.

Hinatea était à l’abri bien entourée des siens.

C’est alors que son village se révolta contre Novem et les attaques furent brutales. Tane, père de Hinatea, s’enorgueillit encore de ses courageuses batailles.

Lui, dont les colères étaient légendaires, mit en garde Hecate et ses acolytes : il envoya ses armées d’anguilles anéantir Novem dans un puissant tourbillon d’eau, engloutissant et mettant à néant la vilaine Terre ; les oiseaux à plumes rouges, en un éclair, foudroyèrent Hecate avec violence et la magicienne disparut dans les braises avec ses compagnons d’infortune.

Il y avait là un paysage de désolation. Hecate fut violemment punie par les mauvais esprits pour l’échec de sa mission ; elle ne se releva pas. La maladie puis le deuil envahit sa propre famille, on lui ôta ses enfants, elle resta seule, fière mais défaite, abandonnée, mais toutefois persuadée du soutien qu’elle pourra encore recueillir auprès de ses folles croyances.

Hinatea resta sur son Domaine, soutenue et encouragée par tous. Elle fut envahie par tout l’amour qui l’attendait et se reconstruisit doucement, petit à petit, à son rythme et sans brusquerie, l’amour, encore, la rendait si forte. Elle était à l’abri. Elle restait là.

Mais Hinatea avait beaucoup souffert. Il lui fallait enterrer à jamais son premier voyage, sa mauvaise expérience, et montrer au reste du Domaine qu’elle était redevenue Hinatea telle qu’ils la connaissaient si bien et en qui ils avaient tous crue.

La vie reprit son cours, les projets d’avenir pour Hinatea mûrissaient. Toutefois, elle ne pouvait rien entamer sans demander l’avis des siens, tant elle avait besoin de s’appuyer sur quelqu’un.

Sa mère, Vairaumati, la projeta dans ce que Hinatea avait de plus précieux, la danse.

La danse, synonyme de liberté, de grâce et de voyages, c’est ce que Vairaumati croyait être l’issue de secours pour une jeune fille en quête de bien être et d’épanouissement. Sa thérapie.

Un nouveau départ, une opportunité à saisir, peut-être l’occasion de découvrir d’autres îles, d’autres continents…

Mais cette fois, le clan veille au grain, toujours là…

Les conseils pleuvaient, bienvenus.

Hinatea prépara donc son voyage et s’installa sur Telo, au sud du Grand Continent. Accompagnée d’autres danseuses et encadrée par Hine, la matriarche, elle dansait chaque jour, fière et heureuse, se préparant aux nombreuses représentations.

Est-il humain de devoir parfois succomber aux malveillances des autres ? Cela fait-il de l’Homme une espèce à rabaisser ou à élever ? Les faibles, les forts. L’Esprit ou le Pouvoir ? Qui vote ces lois de l’espèce humaine ? Qui décide ?

Est-ce là encore, le défi qui avait été donné à notre chère Hinatea ?

Accueillie chez Hine, Hinatea tenta de s’intégrer au mieux. C’était en elle depuis son plus jeune âge, elle ne voulait jamais décevoir. Manière sans doute d’éviter d’être jugée et donc de ne plus être appréciée à sa juste valeur.

Mais la méchante Hine n’était pas en paix avec elle-même, et elle manifestait sa puissance à travers de grandes colères, démesurément violentes. Sa langue sinueuse propulsait très souvent des railleries à l’encontre de Hinatea.

Sur la rade de Telo, blessée parfois de la jalousie des autres femmes, Hinatea s’affirma. Là encore, humiliée, rejetée, elle perdit trop vite la motivation de s’accrocher à sa passion et cessa de danser.

Hine avait attiré Hinatea dans un autre but de lui enseigner la danse ; elle lui avait menti sur ses possibilités de voyager à travers cet art. Elle se servait d’Hinatea pour s’occuper de ses enfants, de sa maison…, lui laissant croire aux fameux spectacles de danse pour lesquels Hinatea s’était préparée.

Alors, Hinatea, mettant de côté la beauté des gestes récemment enseignés et les costumes qu’elle était si fière de porter, mit un point final à ce qui n’était plus qu’illusion.

Ce fut là encore périlleux car, sortie à peine de l’expérience sur Novem, résultat de la bonté qui en fit sa faiblesse, Hinatea trouva difficilement les mots et les actions pour vaincre ces sorcières. A fleur de peau, elle était partagée entre la violence de combattre ces femmes qui avaient tant à se reprocher – pointées du doigt par les habitants de la rade, rejetées, honteuses, récoltant le fruit pourri de ce qu’elles avaient semé – et la peur de ne pas gérer ses angoisses, de ne pas mesurer la puissance des mots qui lui parvenaient aux oreilles. En voulant rétorquer, parfois, elle se blessait souvent.

Courageuse, elle ne baissa pas la tête. L’esprit encore perturbé, elle dressa le poing, bravant à elle seule celle que personne n’avait jamais osé affronter : Hine.

Hinatea préféra quitter la rade, laissant derrière elle, sorcières et vilaines potions, celles-là même qu’ingèrent les jeunes filles crédules et influençables. Hinatea ne se laissait plus manipuler.

Elle fit de nouvelles connaissances au fil des semaines et suivit, confiante, les jeunes de la ville, laissant derrière elle le mal passé sur la rade ; elle fuyait de cette manière et, sans le savoir, à chaque genou à terre, elle se relevait plus forte.

Elle profita de la bienveillance de ses nouveaux amis pour se poser un peu, là encore, comme tout guerrier après la bataille… On la reconnaissait là encore comme la jeune fille douce qu’elle avait toujours été.

 

 

Le berceau des Terres

Parmi ses nouvelles connaissances, un jeune Prince du nom de Tu se fit protecteur de Hinatea dans l’instant où il la rencontra. Il était l’un des jeunes soldats de Ta’aroa et avait quitté son île et son clan pour découvrir à 20 ans le nouveau continent.

Il avait pris son envol, lui aussi ; seul sur cette nouvelle terre, il n’avait pour famille que les autres jeunes compagnons.

Son clan lui manquait terriblement mais il se devait de lui prouver qu’il avait grandi et que les siens pouvaient être fiers de lui.

Au début de leur relation, les liens qui unissaient Hinatea et Tu étaient simples et pures. Ils se trouvaient des points communs et vivaient au quotidien des moments de complicité. Hinatea riait, heureuse à ses côtés, et Tu semblait moins seul, loin des siens. Comblé, il s’était donné pour mission de protéger cette fragile jeune fille.

Il sentait bien là qu’il allait connaître quelque chose de nouveau à ses côtés ; c’était elle, la future, la sienne…

Les jours passèrent ainsi, dans l’insouciance de deux jeunes amants.

Mais à Telo, Hinatea ne trouvait pas l’appui et le conseil de son clan pour lui permettre d’envisager un avenir rassurant sur cette terre. Elle  décida de retrouver son clan et donc de quitter ses amis, ceux qui l’avaient aidée, soutenue, en ces temps difficiles, et envers qui elle avait tant de gratitude.

Malgré cela, il était temps pour elle de reprendre sa vie auprès des siens – cette vie qu’elle trouvait parfois trop calme, quelques mois auparavant, mais qui, finalement, lui convenait aussi.

Le but qu’elle s’était fixé en venant s’installer sur la rade – danser en voyageant – voyager pour danser – n’avait pu être atteint…

Elle était prête à laisser Tu dans l’instant, sur la rade, pour un moment seulement, persuadée qu’ils se reverraient bientôt, chez l’un, chez l’autre, plus tard,..

Mais elle ne repartit pas seule.

Tu hésita quelques longues minutes après l’annonce du départ de sa belle. Puis il s’imposa dans la minute où elle embarqua vers le Domaine, au plus grand plaisir de Hinatea qui appréciait ce coup de folie. Il aimait les risques, les changements,… comme elle.

Hinatea se fit un plaisir de faire découvrir son île à son fiancé. Sa mère était très fâchée à l’idée qu’Hinatea ne rentrait pas seule. Encore une histoire à régler, jamais Hinatea ne s’arrêtera donc ? Le monde ne tourne pas autour de cette enfant tout de même. A l’arrivée du jeune couple, au premier salut, au premier regard, la mère d’Hinatea fut pour le moins soulagée que sa fille lui présente un garçon aussi poli, serviable, aimable. Sa fille était là, en bonne compagnie, c’était le plus important.

Son clan était ravi de rencontrer Tu. Il était la providence pour le bonheur déclaré de Hinatea.

Il avait tout pour plaire. Majestueux, combattant dans l’armée, le sang des îles Hautes coulait dans ses veines.

De bonne éducation, sa famille croyait en lui ; on lui devait respect et confiance.

Un seul doute subsista cependant au Domaine en pensant à Tu qu’ils ne connaissaient pas.

Saura-t-il faire le bonheur total de Hinatea s’il décide de l’accompagner un long, très long chemin peut-être ? La longue distance qui le séparait de sa bien-aimée ne risquerait-il pas d’assombrir cet amour naissant, un jour ou l’autre ?

Il n’en fut rien. Au Domaine, on prit le temps de connaître Tu. Il était juste et droit, implacable, réfléchi.

Tu retrouvait Hinatea au Domaine pour de courts séjours parfois, chaque semaine, toujours plus amoureux, ayant franchi les océans qui les distançaient. Ils apprenaient très vite à se découvrir. Ils parlaient de longues heures et savouraient pleinement ces instants de retrouvailles. Ils jouaient, se rapprochaient toujours davantage.

Le coeur lourd, ils devaient aussi se quitter, le devoir des armées dont Tu dépendait aux confins du Grand Continent le rappelant à l’ordre.

Très vite, le couple s’ennuyait l’un sans l’autre. L’amour était né, intense et grandissant.

Tu avait trouvé en Hinatea celle dont il ne pourrait plus se passer. Elle représentait pour lui tout ce qu’il avait toujours espéré et avec lui, Hinatea se sentait confiante et protégée.

L’équilibre était atteint.

On se souvient encore de l’arrivée de Tu au Domaine, le jour où jamais il ne repartit…

Beaucoup de fêtes furent organisées alors autour de la venue de ce nouveau membre du clan.

Tous étaient fiers et jamais il ne les déçut.

Hinatea et Tu prirent très vite les résolutions qui s’imposent pour vivre leur nouvelle vie à deux.

Ils envisagèrent tout d’abord de fonder une famille.

S’en suivirent des projets plus matériels qui devaient les engager sur une vie hors du Domaine.

C’était là les nouvelles batailles du soldat : construire sa vie d’homme.

Tu se désolait de ne pas être père. Il voulait offrir à Hinatea le cadeau le plus somptueux, le plus grandiose, le plus précieux à ses yeux… Il crut à deux reprises que Hinatea attendait un enfant, et chaque mois, l’annonce était pesante.

Puis vint le jour…

Alors, un sentiment de plénitude, de doux vertige envahit le clan.

Le jeune couple était heureux.

Ro’o, frère cadet de Hinatea, était le messager doux et calme du clan. Tournant autour de son Domaine, on le trouvait souvent perché sur un nuage doré, propageant la connaissance. Ro’o parlait peu mais sa présence honorait les siens. Très jeune, aimé de tous, il était un des piliers de son village, car prometteur.

Les mois passaient très vite. La future maman grandissait aussi vite que son corps évoluait. Tu était attentif, aux aguets. Il parvenait à accommoder avec une grande ferveur son futur de père, son actuel vie d’homme.

Le couple attend l’arrivée de leur petit garçon en le caressant doucement à travers son nid dans l’attente d’un sursaut, en y apposant un léger baiser.

A la vitesse d’un tout jeune pousse de fougère, la petite forme commence déjà à se modifier, se construire, ses cellules à se relier, formant d’autres cellules plus cohérentes, mieux scellées…, et tout à une allure folle ; alors que simultanément, nous, êtres extérieurs, n’avons de cesse de rêver, d’imaginer et donc de se préparer aux prochains mois, aux prévisions, aux projets… le temps de faire un bref bilan et enfin prendre conscience que l’on bascule doucement vers une vie à trois, une vie de famille, un lien réel et sûr, indissociable si tout ce qui est acquis reste : l’union sacrée, l’harmonie, l’acte réfléchi,… les mots manquent mais ils viendront.

Deux oeuvres se peignent alors : l’une d’elle n’en est encore qu’au croquis.

Le cocon, le nid douillet, est en train de se tisser, plus solide chaque fois qu’on l’aperçoit. Chaque mois aussi on s’active autour du ventre de Hinatea dont on ne se lasse pas, jamais. Comme un guetteur, on observe, on entre dans l’univers secret d’un être seul, très petit.

Mais Il est là notre Futur, caché, si petit,  ne ressemblant pas à l’idée qu’on se fait en dehors, d’un futur bébé.

Mais, parfois, le petit être inquiète.

Déjà si vigoureux, quelque chose pousse où il ne devrait pas : pas encore arrivé au stade de foetus, son petit ventre lui fait du tort.

Tel un rosier flamboyant que l’on aurait taillé trop court, un vilain bourgeon entrave sa croissance.

Les fées se pencheront sur son berceau quand il sera là, le saluant enfin, elles qui ont veillé sur lui depuis son tout premier lit, si chaud, si confortable : le ventre de sa mère.

Il est vigoureux et grandit bien. On pourrait dire qu’il puise sa force dans l’amour de sa future famille et qu’il se prépare à une vie de combattant, de grand guerrier. Juste et brave, il saura protéger son sang des bizarreries de l’espèce humaine, des velléités qu’elle n’a jamais mises en pratique, des injustices même.

D’un cri strident, les grands oiseaux blancs de Ta’aora avaient annoncé un vilain présage. Hinatea avait encore son ventre plat ; ses cuisses blanches se teintèrent soudain de la pierre rouge que l’on trouvait sur les falaises de l’île.

Le sang de Tu ne fit qu’un tour. Accablé, désemparé, il ne savait quoi faire. C’était nouveau pour le jeune homme : il devait tirer une leçon, apprendre à faire face aux caprices de la vie. Le poids était bien lourd pour le futur papa. Il avait pris conscience que rien n’était gagné et que le plus difficile restait sûrement à venir. Ces sentiments de peur, d’angoisse pour les semaines à venir le firent changer.

Il comprit alors que ce n’était que le début, un essai, un test pourquoi pas.

Puis, il grandit brutalement. Il ne pouvait se permettre de prendre son temps, il fallait vaincre, assumer, soutenir aussi sa compagne. Elle avait tant besoin de lui en ces moments de doutes.

Finalement l’angoisse était perceptible par tous mais rien de vraiment irréversible n’allait atteindre le Joyau.

Du jeune homme souriant, tendre et compatissant, Hinatea reconnut en lui un compagnon de vie susceptible, dur et méprisant même parfois.

Hinatea avait retrouvé la paix, ce qui rassura aussi ses proches. La vie reprit son cours ; tous étaient confiants pour l’enfant à naître.

Ses ancêtres se sont tous consultés et l’ont nommé.

Il est exceptionnel, déjà. Ariitea.

Le temps passe à une allure folle, Ariitea devient plus fort. Chaque jour. Magnifique.

Dans son sommeil, son attention se tournait vers le visage des fées, gardiennes de la vie.

Elles lui parlaient, doucement, lui tendant la main pour le conduire jusqu’à de splendides jardins verdoyants où d’innombrables « Grands » l’accueillaient, l’accompagnant pour mieux le guider,

Tout y était beau et paisible : les couleurs et les lueurs étaient douces à ses yeux. Cela se lisait sur son petit visage aux traits si fin.

Les « Grands » se présentèrent à Ariitea.

Il ne les connaissait pas mais déjà il avait confiance : ils prenaient soin de lui et l’enveloppaient de leur profond amour. Il se sentait à l’abri. Là aussi.

Ariitea vivait grâce au Désir et était Désir.

Les yeux entrouverts, il apprivoisait son petit corps et s’accordait des moments de grande contemplation : ses doigts, ses pieds…

Il souriait à la Lumière et se tournait au contact de la main délicate de ses parents, qui le cherchaient, aveuglément.

Les fées le visitaient, souvent.

Puis un jour, à presque trois lunes de sa naissance, le petit être laissa son esprit naviguer loin, trop loin… Il s’y sentait si bien. Dans ses voyages, il oubliait le vilain bourgeon qui se développait encore et qui fragilisait petit à petit l’ensemble de son être.

Les fées jugèrent trop difficile pour un « si petit », et trop injuste aussi, de laisser Ariitea combattre ce mal qui l’habitait et contre quoi il aurait fallu multiplier ses efforts à la naissance, avec la force d’un géant.

Tel un débutant s’essayant à des tailles d’arbustes sans en connaître la meilleure saison ni le bon outil, la nature avançait un risque réel : comme un artisan, novice, elle rattrape sa coupe, afin de regagner un certain équilibre, mais il n’en est rien, car en taillant plus à gauche, c’est à droite que la plante cède, le tronc étant trop fragile.

Dans les îles Hautes, en un lieu humide et chaud, le cent-pieds annonçait une terrible nouvelle. Le clan de Tu craignait pour ses proches, ne se doutant pas un instant que ce message porterait sur le bijou grandissant. La perle sacrée s’assombrissait, signe de mauvais présage.

Faut-il croire qu’Ariitea, si petit,  avait été élu, là, pour exécuter une lourde mission : faire vivre son parcours pour ainsi permettre de mieux comprendre,de  mieux se découvrir ; rendre les siens plus forts après le déchirement, la tristesse, la mélancolie. Telle une chenille, molle et rampante, à peine visible, Ariitea était devenu avec le peu de temps qu’il aura fallu, un magnifique papillon, et dont la vie fut aussi éphémère…

Faire réaliser que dans notre monde à nous, certains petits êtres peu chanceux « débarquent sur des terres trop fragiles car peu fertiles, trop sèches », les incitant déjà tout petits à braver les injustices, celles-là même qui font que certains enfants naissent, voués à des murs de compassion, des failles d’affection, des tunnels d’attention… sans rien autour, pas même un soupçon de reconnaissance, ni un amour réel ?

Dans le ventre de sa mère, aucun périple d’Ariitea n’était visible, bien sûr. Et c’est aveuglément que les siens, « dehors », doutent et pleurent, désemparés, inutiles alors et dépendants de ce que décidera Mère Nature.

C’est finalement cette dernière idée qui subsiste et qui dérange, depuis que l’homme honore les siens, depuis que l’homme se satisfait d’un regard vers le Ciel : l’attachement permet le dénouement.

Ariitea dormait déjà, profondément… Cette fois, Hinatea avait ressenti son sommeil comme un abandon. Son corps alors n’était plus le doux nid, chaud et rassurant qu’elle lui connaissait. Elle n’abritait plus son petit. Il était perdu.

C’était pour Tu la fin d’une bataille, un rêve devenu cauchemar… la flamme, lueur d’espoir, s’était éteinte.

Doucement, le petit esprit s’éloigna de plus en plus du monde du Dehors. Il s’en écarta… et céda.

Les fées proposèrent à Ariitea de rester près d’elles, léger et insouciant.

Elles lui assurèrent que leur magie le ferait grandir à l’image que chacun se faisait de lui : parfait en tout point.

Il quitta son corps pour rejoindre ses nouveaux protecteurs et abandonna son petit coeur à ce qui ne le suivait plus.

Bien que très petit, il avait déjà la force d’esprit de refuser le mal, la difficulté, l’extrême souffrance pour les siens, le manque, l’absence plutôt…

Il préféra partir maintenant, plutôt que trop tard…

Le vingt-septième jour de cette nouvelle ère, le petit Prince venu du Ciel, dans un souffle apaisé, un léger sourire sur les lèvres, s’en retourna sur les Terres vierges de Ta’aroa. Son corps démuni et fragile, marqua son bref passage. son Ame, si Grande, si Noble, s’évadait lentement, délicate.

Tel un « Petit Ange », il débordait d’amour : la force d’une toute jeune étoile dans le coeur des Hommes.

Vauvau, « Né le Premier… » fut délivré.

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Publié dans:LE SOUFFLE |on 1 avril, 2012 |Pas de commentaires »

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